Cyclisme français, les raisons d'une crise - Partie 1
Vingt ans après la dernière victoire française de Bernard Hinault sur le Tour de France, le peloton français subit une de ses moins bonnes passes. Qu’en est il de cette mauvaise période ?
Depuis le début des courses cyclistes, français et belges ont toujours tutoyé les meilleures places, et pour cause la culture cycliste est née dans ses pays. Le tour de France, le ronde van vlanderen, l’enfer du nord ou encore la doyenne à Liège en sont leurs fruits. Jusqu'à 1980, l’essentiel du peloton été issu des pays de l’Europe de l’ouest. Les espagnols sont réputés grimpeurs, les hollandais sont de parfaits coureurs de classiques tout comme les italiens.
Le dernier « ogre » français, Bernard Hinault, remporte 5 tour de France, plusieurs classiques et d’autres courses a étapes importantes, il est considéré avec Eddy Merckx, Fausto Coppi et Jacques Anquetil comme un des meilleurs coureurs de l’histoire. A la fin de sa carrière, le blaireau laisse en héritage des coureurs comme Jean François Bernard, Charly Mottet et Laurent Fignon entres autres. Ceux là brilleront sur plusieurs courses du calendrier international. Années 1990, le fer de lance français s’appelle Laurent Jalabert, il réussit l’exploit de finir 4 fois la saison numéro un mondial. Frédéric Moncassin est lui le spécialiste des sprints et Richard Virenque échoue de peu dans sa quête du maillot jaune mais remporte 7 fois le maillot à pois. 1998, affaire Festina, le cyclisme est malade. Depuis cette période, les français sont en perte de vitesse. Pourquoi les français ne réussissent plus là ou ils étaient maîtres avant ?
Une des premières raisons de ce déclin s’exprime dans l’internationalisation du cyclisme, en effet depuis le début des années 80 on a désormais l’habitude de voir des américains, des canadiens, des australiens. Plus tard on retrouvera aussi des coureurs de l’ex URSS. Ces coureurs vont venir peu à peu contredire les plans de victoires françaises, belges et hollandaises. Pendant ce temps, les italiens, vont exploser et devenir la meilleur nation du monde. Cette augmentation de coureurs va créer une sélection par le haut, le cyclisme est définitivement professionnalisé. Les anciens « grégari » sont obligé d’avoir des résultats pour continuer leur vie dans le vélo. Le temps des coureurs présent de janvier à octobre en passant par les six jours, est révolu. Les coureurs se spécialisent avec par exemple les américains qui sont doués en courses a étapes, les australiens en sprint... dans tout ça les français, qui ont toujours joué sur tous les tableaux doivent maintenant batailler avec une concurrence acharnée.
L’argent a aussi changé la donne. Un certain Bernard Tapis est venu dans le vélo en 1985 et a fait exploser les salaires. On passe de petits salaires avec des primes à des chèques avec plusieurs zéros... chaque coureur à son rôle dans l’équipe. C’est pourquoi l’on retrouve des coureurs de pavés jusqu’à mi avril, puis les ardennais qui préparent les grands tours pour la plupart. Le tour de France est le rendez vous numéro un de l’année, la fin de saison est le théâtre du championnat du monde ou l’on ne retrouve plus qu’une minorité du gratin mondial. Lance Armstrong par exemple, septuple vainqueur du tour, ne s’est jamais présenté au mondial depuis sa première victoire au tour. Pourtant ce fut quand même le plus jeune champion du monde de l’histoire. Côté français, l’attraction annuelle est bien sur le Tour en juillet. Les coureurs préfèrent axer leur saison sur ce rendez vous plutôt que briller sur certaines courses étrangères. Les sponsors français le disent clairement, l’objectif c’est le tour. Seulement, dans les différents classements généraux, le nombre de français n’est pas très élevé. Là encore certains coureurs ayant les moyens de jouer un rôle au général préfère assurer une victoire d’étapes. D’autres équipes françaises ont pour leader des étrangers. L’objectif du reste de l’équipe est alors de l’aider pour le général. Côté sprinteurs, hormis Fred Moncassin ou Jean Patrick Nazon, c’est un peu le calme plat au plus haut niveau. Cela dit les français n’ont jamais été les dominateurs du sprint. Le tour accueille désormais tous les meilleurs coureurs, a contrario du giro ou la vuelta ou la concurrence est plutôt nationale. On retrouve donc ici un certain dilemme ou les français baroudeurs veulent côtoyer les cracks.
La dernière saison excellente des français remonte a 1997 avec de multiples victoires importantes : Paris Nice avec Jalabert, Paris Roubaix avec Guesdon, Gand Wevelgem avec Gaumont, le tour de Suisse avec Agnolutto, le doublé Jalabert Leblanc à la flèche Wallonne et le championnat du monde sur route pour Brochard. On ne verra plus les français a un tel niveau. L’affaire Festina, un an plus tard, marque le changement français. Comment devons nous interpréter cela ? Devons nous parler d’un cyclisme à deux vitesses ? La lutte antidopage est-elle la même dans tous les pays ? Depuis le tour 98 et l’exclusion festina, les français se sont un peu renfermés sur eux même et sur leur compétences. Oui la lutte antidopage française est une des plus soutenue, les autres pays en font – ils autant ? Depuis 98, seule l’affaire cofidis a ramené le dopage au centre des discussions en France alors que chaque mois des coureurs étrangers se font prendre.
1997, début en France de la coupe de France qui regroupe une quinzaine d’épreuves. Chaque épreuve rapporte une somme de points aux coureurs et à l’équipe. Seuls les groupes français participent au classement. Ce challenge se déroule souvent pendant d’autres épreuves importantes du calendrier international. Certains coureurs préfèrent se donner comme objectif la coupe de France plutôt que briller sur une coupe du monde. Les dirigeants ne sont pas innocents a cela car le titre de meilleur équipe française est important pour leur saison et le sponsor. La coupe de France n’est elle pas un des virus qui enfonce le cyclisme français dans l’anonymat peu à peu ? Lorsque l’on voit des coureurs comme Casar ou Fedrigo préférer courir une petite course française à la place d’une coupe du monde, cela montre dans quel état le vélo se trouve. Au lieu de se perfectionner avec les cracks, on préfère batailler avec les néo pros.
Les médias ont une part de responsabilité dans cette situation. Dès qu’un coureur fait une place, il est à la une des magazines spécialisés. Ce n’est pas la meilleure solution pour qu’un talent se révèle.
Il est vrai aussi que depuis la fin de carrière de Jalabert et Virenque, le cyclisme français manque de leader charismatique, il n’y a plus de vrai modèle pour la jeunesse et pour les nouveaux coureurs.